Qu’est-ce qu’avoir du caractère ?
Avoir du caractère, est-ce savoir s’imposer, ne jamais se laisser faire ou toujours défendre ses idées ? Et si avoir du caractère ne signifiait pas nécessairement être fort, mais plutôt être capable de rester soi-même, même lorsque les autres ne partagent pas nos choix ?
Il suffit parfois d’une situation assez banale pour se poser la question. Tu n’es pas d’accord avec quelqu’un, mais tu préfères te taire pour éviter un conflit. Tu acceptes une demande alors que tu aurais aimé refuser. Ou, au contraire, tu défends fermement ton point de vue, quitte à provoquer une certaine tension. Après coup, tu te demandes si tu as bien réagi. As-tu manqué de caractère en te taisant ? En as-tu eu trop en t’imposant ? Où se situe réellement la limite ?
Nous associons souvent le caractère à la capacité de s’affirmer. Une personne qui sait dire non, qui défend ses convictions et qui ne se laisse pas facilement influencer est spontanément considérée comme ayant du caractère. À l’inverse, celle qui doute, qui hésite ou qui cherche à préserver l’harmonie peut être perçue comme manquant d’assurance. Pourtant, cette distinction est loin d’être aussi simple.
En psychologie positive, il existe une classification des forces de caractère, regroupées autour de six grandes vertus : la sagesse, le courage, l’humanité, la justice, la tempérance et la transcendance. Leur approche, qui distingue 24 forces de caractère, permet d’élargir considérablement notre représentation du caractère. Le courage et la persévérance en font partie, mais aussi l’humilité, l’honnêteté, la curiosité, la bienveillance ou encore la prudence.
Cette conception invite à considérer le caractère sous un angle différent. Il ne se résume pas à la force de s’imposer ou à la capacité de résister. Il peut également se manifester dans la manière d’écouter, de reconnaître ses erreurs, de faire preuve de discernement ou de respecter les autres sans renoncer à soi-même.
Pourtant, nous avons parfois tendance à confondre certaines attitudes avec des traits de caractère. Une personne qui refuse systématiquement de céder peut sembler déterminée. Mais son comportement traduit-il réellement une conviction ou une difficulté à accepter la contradiction ? Celle qui accepte presque tout manque-t-elle de caractère ou cherche-t-elle simplement à préserver une relation qui compte pour elle ?
Il arrive même que ce que l’on prend pour du caractère soit une manière de se protéger. Une personne qui refuse systématiquement de céder peut chercher, sans en avoir pleinement conscience, à éviter de se sentir vulnérable. Celle qui veut toujours avoir raison peut redouter de perdre sa légitimité en reconnaissant une erreur. À l’inverse, celle qui s’efface régulièrement peut avoir appris que préserver les relations est plus important que faire entendre ses propres besoins.
Notre manière d’affirmer notre personnalité se construit au fil de nos expériences. L’éducation, les relations, les encouragements, mais aussi les critiques et les déceptions peuvent influencer la façon dont nous osons exprimer ce que nous sommes. Il arrive ainsi que certaines personnes aient appris très tôt à ne pas faire de vagues, tandis que d’autres aient compris qu’il fallait se montrer particulièrement affirmatives pour être entendues. Avec le temps, ces façons de réagir peuvent devenir si familières qu’elles finissent par être confondues avec notre personnalité.
Mais peut-on réellement parler de caractère lorsque l’on agit essentiellement par peur de déplaire, de décevoir ou de perdre sa place ? Et, à l’inverse, faut-il toujours s’opposer pour prouver que l’on sait s’affirmer ?
Il existe peut-être une différence importante entre avoir du caractère et chercher à le démontrer. Avoir des convictions ne signifie pas devoir les imposer. Savoir dire non ne suppose pas de refuser systématiquement. Et accepter de changer d’avis ne signifie pas nécessairement manquer de personnalité. Il est possible d’être ferme sur certains principes tout en restant ouvert à d’autres points de vue. Il est également possible de reconnaître ses erreurs sans remettre en question toute sa valeur.
C’est peut-être dans cette souplesse que se trouve une autre manière de comprendre le caractère. Non pas comme une force qui consisterait à ne jamais céder, mais comme une capacité à se positionner sans avoir constamment besoin de se justifier ou de se défendre. Une personne qui se connaît suffisamment peut parfois accepter de ne pas convaincre, de ne pas plaire à tout le monde ou de ne pas obtenir l’approbation qu’elle espérait.
Cela ne signifie pas pour autant qu’elle ne doute jamais. Le doute fait partie de nos expériences et peut même nous permettre de reconsidérer certaines certitudes. Mais il existe une différence entre douter d’une décision et douter constamment de sa propre légitimité. Dans le premier cas, on peut remettre en question ses choix. Dans le second, c’est parfois sa propre valeur que l’on finit par interroger.
Peut-être que la véritable question n’est donc pas de savoir si tu as suffisamment de caractère, mais de comprendre ce qui guide tes réactions. Lorsque tu t’affirmes, est-ce parce que tu es en accord avec toi-même ou parce que tu redoutes de perdre le contrôle de la situation ? Lorsque tu t’effaces, est-ce un choix qui te convient ou une manière d’éviter le regard des autres ? Et lorsque tu changes d’avis, est-ce parce que tu as évolué dans ta réflexion ou parce que tu as du mal à faire confiance à ton propre jugement ?
Ces distinctions ne sont pas toujours faciles à faire. Nous pouvons être affirmés dans certains domaines et beaucoup plus hésitants dans d’autres. Nous pouvons également avoir confiance en nos compétences tout en éprouvant des difficultés à exprimer nos besoins dans nos relations. Le caractère n’est donc pas nécessairement une qualité que l’on manifeste uniformément. Il peut s’exprimer différemment selon les personnes, les contextes et les enjeux affectifs.
Peut-être qu’apprendre à mieux se connaître permet justement de sortir de cette opposition entre force et faiblesse. Ne plus considérer chaque hésitation comme un manque de caractère, ni chaque affirmation comme une preuve de force. Simplement reconnaître que notre manière d’être peut évoluer et que nous n’avons pas besoin de correspondre à une image particulière pour avoir de la valeur.
Et toi…
As-tu parfois l’impression de devoir montrer que tu as du caractère pour être respecté.e ? T’arrive-t-il de confondre le fait de t’affirmer avec celui de ne jamais céder ? Et si avoir du caractère consistait aussi à pouvoir exprimer tes désaccords, reconnaître tes hésitations et assumer tes choix sans avoir constamment besoin de l’approbation des autres ?
Peut-être que la question mérite simplement d’être laissée ouverte. Car mieux se connaître, c’est aussi découvrir que l’on peut être à la fois sensible et affirmé, hésitant et déterminé, sans que ces différentes facettes soient incompatibles.
© Karine Delage – L’art de s’estimer et de se faire confiance. Collection protégée « L’Art de… 66 jours pour transformer sa vie® ». Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans autorisation préalable.