Pourquoi je douterais de ma spontanéité ?

Est-ce qu’il t’arrive de penser quelque chose… puis de te demander immédiatement si tu devrais vraiment le dire ? D’avoir envie de faire quelque chose… puis de réfléchir à toutes les raisons de ne pas le faire ? D’écrire un message spontanément, de le relire plusieurs fois, puis finalement de le modifier ou de l’effacer ?

Parfois, une idée arrive simplement. Une envie, une parole, un geste. Et presque aussitôt, une autre partie de toi intervient.

– « Est-ce vraiment une bonne idée ? »
– « Est-ce que je ne vais pas le regretter ? »
– « Qu’est-ce que les autres vont en penser ? »

Alors tu réfléchis. Tu analyses. Tu anticipes. Et ce qui était simple quelques secondes auparavant peut soudainement devenir compliqué. Il arrive même que tu finisses par ne plus savoir ce que tu avais réellement envie de faire au départ. Comme si, à force de vérifier chacune de tes pensées avant de leur faire confiance, tu avais perdu le contact avec ce qui venait naturellement.

On parle beaucoup de spontanéité comme d’une qualité : être spontané.e, faire confiance à son intuition, se laisser porter. Mais peut-être que la question n’est pas de savoir si tu es suffisamment spontané.e. Peut-être qu’elle est plutôt de comprendre pourquoi tu doutes autant de ce qui vient naturellement de toi.

Car ce doute n’apparaît pas toujours sans raison. Lorsque l’on a appris à beaucoup anticiper, à éviter les erreurs, à mesurer les conséquences de ses choix, réfléchir peut devenir une manière de se protéger : on vérifie avant d’agir, on cherche à être certain, on essaie de prévoir ce qui pourrait arriver. Et cela peut donner l’impression que l’on maîtrise davantage les choses.

Mais parfois, à force de vouloir éviter le mauvais choix, on finit par ne plus entendre clairement le choix qui nous ressemblait. Et ce qui était une protection peut alors devenir une forme de retenue. Pas nécessairement visible. Pas forcément spectaculaire. Simplement cette petite seconde supplémentaire avant de parler. Cette hésitation avant de dire oui ou non. Cette envie que l’on repousse parce qu’elle ne semble pas suffisamment raisonnable.

Et parfois même, cette habitude de demander aux autres ce qu’ils feraient à notre place. Comme si leur réponse pouvait nous permettre d’être enfin certain.e de la nôtre.

Pourtant, être spontané ne signifie pas agir sans réfléchir. La spontanéité n’est pas l’absence de discernement. Elle peut simplement être la capacité à laisser une place à ce qui émerge avant de chercher immédiatement à le corriger.

Une pensée peut apparaître sans être une obligation. Une envie peut exister sans devoir devenir une décision. Une émotion peut être entendue sans nécessairement dicter un comportement.

Et peut-être que c’est justement là que le lâcher-prise intervient. Pas dans le fait de ne plus penser mais dans celui de ne pas avoir besoin de tout contrôler avant de laisser une chose exister. Car parfois, nous cherchons tellement à prendre la bonne décision que nous oublions qu’il n’existe pas toujours une décision parfaitement sûre.

Nous voudrions connaître les conséquences avant même d’avoir commencé. Nous voudrions être certain.e de ne pas nous tromper. Certain.e de ne pas décevoir. Certain.e de ne pas regretter. Mais la vie laisse rarement autant de garanties. Et peut-être qu’une partie du lâcher-prise consiste justement à accepter cette petite part d’inconnu.

À reconnaître que tu peux réfléchir… sans tout prévoir. Choisir… sans avoir la certitude absolue. Changer d’avis… sans considérer que tu t’es trompé.e.

Et surtout, peut-être, laisser parfois une première pensée exister avant de la soumettre immédiatement au contrôle. Car il arrive que ce que nous appelons «manque de spontanéité» soit simplement le résultat d’une surveillance intérieure devenue très présente.

Une sorte de filtre qui demande en permanence :

– Est-ce que c’est bien ? »
– « Est-ce que c’est raisonnable ? »
– « Est-ce que je peux me permettre ça ? »

Et à force d’entendre ces questions, une autre devient parfois plus difficile à entendre: « Qu’est-ce que j’ai réellement envie de faire ?« 

Peut-être que lâcher prise, ici, ne consisterait pas à devenir quelqu’un de plus spontané. Peut-être simplement à faire un peu plus de place à cette partie de toi qui sait parfois quelque chose avant que ton mental ne commence à tout analyser. Sans lui donner systématiquement raison. Sans non plus la faire taire. Juste lui laisser une place.

Parce qu’il existe une différence entre réfléchir avant d’agir et douter systématiquement de soi avant de s’autoriser à agir.

Et peut-être que cette différence mérite d’être observée. Pas pour savoir laquelle est la meilleure. Mais pour comprendre ce qui se passe réellement en toi.


Et toi…

Est-ce que tu fais facilement confiance à ta première pensée ?

Combien de fois changes-tu d’avis après avoir commencé à trop réfléchir ?

Lorsque tu hésites, cherches-tu réellement à faire le meilleur choix… ou cherches-tu surtout à être certain.e de ne pas faire le mauvais ?

Et si tu laissais parfois une idée, une envie ou une parole exister quelques instants sans chercher immédiatement à savoir si elle est bonne, raisonnable ou acceptable ?

Tu peux simplement observer ce qui se passe. Il n’est pas nécessaire de changer quoi que ce soit. Parfois, remarquer la manière dont on se retient est déjà une façon différente de se rencontrer.

© Karine Delage – L’art de lâcher prise. Collection protégée « L’Art de… 66 jours pour transformer sa vie® ». Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans autorisation préalable.

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